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À chacun ses petits malheurs

Ceci est la suite d’un texte paru en novembre 2023. Cliquez ici pour lire la première partie.

Source:  jakubekr, Pixabay


-Hadès ! Ne pars pas, dis-je.


Je me mets à avoir les larmes aux yeux. Non, je ne peux pas pleurer. Je me sens si seul, cela doit faire des heures que je suis ici. Si je ne fais rien, je crois bien que je vais partir dans les étoiles rejoindre ma mère. Pourquoi suis-je ici, pourquoi moi ? Je n’ai pas fait exprès de tuer ses parents, puis ça doit faire au moins un an de ça.


En même temps, je comprends que ça doit être dur. Je l’ai moi-même déjà vécu, plus ou moins. J’avais envie de tuer tout le monde, mais je pouvais en vouloir seulement à celle qui a décidé de partir. Je le sais, l’envie de faire souffrir des gens était tellement énorme, mais je devais rester fort pour ma sœur et mon père. Pour ne pas leur attirer encore plus de problème. En pensant à ce que Hadès vit, je peux imaginer ce que ça doit faire de trouver les corps de ses deux parents, tous froids et tous pâles.


Attends… la police n’a jamais retrouvé leurs corps. Quand j’y pense, c’est étrange… comme s’ils ne s’étaient pas vraiment fait frapper par le train. Comme s’ils n’étaient pas mort, comme s’ils avaient profité de cette occasion pour s’enfuir. Pourquoi auraient-ils fui ?  Avaient-ils des problèmes de famille ? Ils semblaient pourtant être le parfait petit clan dont tous les Adams rêvent.


Il faut que je me libère, il faut que je mène mon enquête.  Il faut que je raconte ce que je viens de découvrir. Hadès pourrait même m’aider, nous serions Sonny Crockett et Ricardo Tubbs[1], mais dans les années 2000 et plus jeunes. Mais je suis coincé ici et la nuit commence à tomber.

*

Je ne vais pas vous mentir, mais je n’ai pas très bien dormi. En fait, je n’ai pas dormi. C'était la nuit la plus terrifiante, angoissante, mais productive de ma vie. Oui, oui, productive ! J’ai repensé à tous les trucs que j’ai découverts tantôt, enfin hier.


La journée a été longue. Au moins, je n’ai pas entendu de sirènes de police. Donc, je crois que personne ne me cherche ou on ne me cherche simplement pas au bon endroit.


- Jonathan ?

- Qui est-ce ? À l’aide par ici, viens m’aider par ici.

-Chut, je sais que t’es ici. On va se faire repérer.

-Hadès, mais qu’est-ce que tu fais là ?

-Ben, je me suis dit que j’y suis peut-être allé on peut trop fort. Je m’en voulais pis je me suis dit que tu étais sûrement encore la puisque je t’ai emmené très loin. Désolé ?

-Détache moi.

-Oui.


Il me détache et je ne peux m’empêcher de le frapper au visage. Il a quand même fait passer l’occasion de ma vie de demander à Chléo si elle voulait sortir avec moi, enfin aller prendre, DE L’EMBRASSER en fait.


Je le prends dans mes bras tout en me demandant pourquoi il a eu l’idée de venir me libérer. Peut-être que tout le monde peut changer, même lui. Il a l’air tellement différent, limite content que je lui fasse un câlin, ce qui me parait très étrange, car il ne laisse personne l’approcher. Même ses amis n’ont pas le droit. Puis, tout d’un coup, moi, Jonathan Rossi, de mon vrai nom Giuseppe Rossi (ouais, Jonathan est un pseudonyme. Mon vrai nom était trop dur à prononcer pour les Québécois), j’ai pu réussir à l’approcher et même à lui donner un câlin. Il y a quelque chose qui cloche.


- Tu veux bien que je t’accompagne à l’école demain ?

-Ça va ?

- Ouais, pourquoi ?

- Tu es venu me libérer.

-Chléo a tout deviné, elle m’a dit que si je ne venais pas te libérer, elle le dirait à tout le monde.

-Chléo s’est inquiétée pour moi ?

-Ouais, ça te surprend tant que ça ? Ça se voit, elle a clairement un crush sur toi.

-Elle te l’a dit ?

-Non, mais tout le monde le sait.

-Trop cool !

-Si tu le dis.

-Ok, je veux bien venir avec toi demain à l’école si tu m’aides avec Chléo.

- Heu, d’accord, mais je ne te promets rien. Pis on dit quoi à tout le monde ?

- J’étais malade, point.

- Et ton père ?

- Je suis allé dormir chez un ami après la soirée et pour l’école, on lui dit que j’y suis allé, les profs m’aiment tellement qu’ils vont enlever mon absence de mon dossier.

- D’accord.


La nuit a été courte, mon père m’a cru, mais là il faut que je me dépêche. Hier, je n’ai pas eu le temps de dire ce que j’ai découvert à Hadès. Je ne sais pas s’il va vouloir devenir mon associé, j’espère que oui, c’est un peu une excuse pour me faire pardonner. Je suis sûr qu’au fond c’est une bonne personne, il ne sait juste plus comment faire confiance. J’imagine que lui aussi a dû se dire que ses parents l’ont abandonné. Les seules personnes qui sont censées être toujours là pour toi partent du jour au lendemain et des théories laissent entendre qu’ils t’ont abandonné. Je veux l’aider à passer cette étape dure, en plus il doit rester fort pour son frère et sa sœur. S’il ne le fait pas, qui va le faire ? Personne.


-Jonathan, viens. Y’a un gars à la porte. Il demande à te voir.

- Ouais, j’arrive papa.

- Salut Hadès.

-Salut Jonathan.

Sur la route, je lui raconte les découvertes que j'ai faites. Il trouve que mes idées ne semblent pas folles, mais je vois qu'au fond, il se demande pourquoi ils auraient fui. Cette théorie lui fait du mal.


Quand nous sommes arrivés à l’école, tout le monde m’a salué. Je leur ai répondu par simple politesse. Je suis populaire sans le vouloir. Des tas de gens voudraient être à ma place, mais je n’aime pas être le centre du monde. Si je pouvais donner ce rôle à quelqu’un d’autre, je le ferais, mais bon, ce n’est pas vraiment possible. Pour Chléo.


- JONATHAN !


Hadès me tend une lettre avec un effet vieilli, comme si on avait brûlé les côtés. Le petit bout de papier a été froissé. Peut-être parce qu’Hadès l’a plié sous l’effet du stress? Sur cette lettre, il y a des points et des lignes : «...._    .. ,  ...   .    ...   .    .    ..... , - ...   . , .    ....   ._    ...    .   ..... , » Je ne sais pas comment réagir, lui non plus d’ailleurs. Que peuvent signifier ces symboles?

« Dring, Dring, Dring. »

« Oh non, la cloche, » me dis-je. Je cours dans ma classe avec mon sac et le message entre mes mains. En espérant que personne ne le voit.

Je suis arrivé. 30 secondes avant la deuxième cloche, mais tout de même arrivé. Hadès n’est pas là, pas encore.

-Bonjour madame.

-Bonjour Victor. Dépêche-toi de t’assoir.

-MADAME.

- Euh… Pardon, Hadès.

Victor, j’aime bien ce nom. Les cours commencent dans quelques secondes.

« Dring, Dring, Dring. »


Oh non, la prof vient de me mettre en équipe avec le petit nerd de la classe. Quand je dis nerd, c’est vraiment le cliché de nerd. Les petites lunettes rondes sur le nez, les deux dents de devant sorties, les bouquins toujours entre les mains, l’amour pour les ordis et, le plus important, chiant. Au moins, je vais avoir une bonne note à cet exposé ! Ce n’est pas comme si j’avais le choix…


- C’est du morse ? dit-il en pointant la lettre.

- Je ne sais pas, dis-je en m’essuyant le visage à cause de ses postillons.

Pourrait-il m’aider à déchiffrer la lettre ? Je me dis que ce n’est pas une mauvaise idée de collaborer avec lui.

- Et tu sais lire le morse ? continuais-je

- Bien évidemment, tu pensais quoi ? Fais la question 4 pendant que je déchiffre ça.


Je m’exécute. Quelques minutes plus tard, il me donne un autre papier suivi de la lettre. Dessus, il est inscrit : « 48.717115, -71.141395 SOS ».


- Si tu veux mon avis, c’est sûrement des coordonnées GPS.

- Merci Jérôme, tu viens de sauver une ou plusieurs vies, dis-je.


Le pire, c’est qu’il s’appelle vraiment Jérôme et qu’il vient aussi de potentiellement sauver la vie des parents de Victor ou Hadès. Ce nouveau nom me plait vraiment. Je suis sûr à 99% que le message vient des parents d’Hadès. Sinon, je ne sais pas qui ça pourrait être et ça fait peur.


Plus tard dans la journée, j’ai raconté à Hadès ce qui s’était passé tout à l’heure, tout en mentionnant le nom de Jérôme puisqu’il prend ça à cœur, les droits d’auteur (surtout quand c’est lui, « l’auteur ».) J’ai pris mon téléphone pour écrire les coordonnés sur Google Maps.


Bon, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise, c’est que le point exact est à 2h32 de notre école et qu’on a aucun moyen d’y aller sans attirer les soupçons. La bonne, c’est que notre expédition de l’année avec l’école se fait autour de la grotte du lac Lamothe. Une autre bonne nouvelle : le point exact est la grotte, donc on va pouvoir retrouver ses parents. On part dans 3 jours.

                                                                                          ***

Aujourd’hui, on part. Hadès est stressé et je peux dire que moi aussi. Notre classe n’a plus le droit d’aller dans la grotte à cause de divers faits, mais il va quand même falloir y aller. Les surveillants vont être énormément vigilants. Il va falloir une distraction, mais en qui faire confiance? Il faut que je parle à Hadès. Il vient de me suggérer Chléo… quelle bonne idée! Malheureusement, il va devoir aller lui demander. Il me doit ça, quand même.


Sur le trajet, il lui explique toute l’histoire depuis le début et elle accepte de nous aider. Elle est ensuite venue s’assoir à côté de moi.

Nous venons d’arriver. Sur la route, nous avons créé notre plan d’attaque, mais il va falloir attendre jusqu’à demain. Aujourd’hui, on va seulement à l’hôtel nous installer. Demain, on retrouve ses parents.

*

La nuit s’est bien passée. Par chance, on est dans la même chambre, Hadès et moi, mais pas Chléo. Le plan commence maintenant. Chléo va voir les surveillants et leur pose une question. Pendant ce temps, nous, on court. On est trop forts, on est rentrés dans la grotte et personne ne nous a vus. On s’enfonce dans le lieu sombre et humide. Mes chaussures sont déjà toutes mouillées, c’est écœurant. Attendez… y’a un truc qui bouge.

- Maman ?


[1] Enquêteurs dans Deux flics à Miami

 

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