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Dollmare

par Marianne Bélanger-Morin, troisième secondaire


Première partie


La vie, parfois, est gentille et remplit d'amour. Parfois, injuste et dure. Parfois, qu'est-ce qu'elle fait chier. 


Je suis né un jour de pluie, c’est ce qu’on m'a dit. De toute façon, tout le monde s’en fout. Le jour de ma naissance, à la surprise de ma mère, j’étais un p’tit gars. Les médecins avaient dit que j’allais être une fille, pour le plus grand bonheur de ma mère qui avait déjà eu trois fils avant moi. Elle décida de garder le prénom Camille, qu’elle avait prévu donner à sa précieuse fille. Ma chambre était rose, évidemment, mais au moins je portais les vêtements de mes frères. Le plus vieux, Raphaël, à 25 ans, vit avec sa fille et son épouse. Il étudie en médecine. Simon a 24, est heureux avec ses deux chiens dans sa maison. Il étudie en droit pour devenir avocat. Jules a 21 ans. Il étudie en psychologie. Pas les mêmes métiers du tout, mais ils font la fierté de la famille. Moi, Camille, j’ai 19 ans et j’ai arrêté les études pour devenir écrivain et peintre. Comment expliquer la réaction de mes parents quand je leur ai annoncé? Vous pouvez sans doute très bien vous l’imaginer. Il y a aussi, Holia, la plus jeune, 15 ans. Elle croit tout savoir sur le monde et elle se vante d’avoir un nom d’origine arabe qui signifie bijou, belle et précieuse. Probablement le premier nom qui sort quand vous tapez prénom fille qui signifie précieuse sur google. En tout cas, depuis qu’elle est née, ma mère la chérie, tout en restant toujours très fière de ses trois grands garçons et ne cessant de leur répéter. Il va de soi que je parle de Raphaël, Simon et Jules, pas de moi.  Elle m’a toujours comme renié, elle ne m'a jamais vraiment donné d’attention, je crois même qu’elle ne m’a jamais demandée comment c’était passé ma journée.  


À l’école, ce n’était pas mieux. On m’appelait avec plein de nom absurde, on me frappait, me volait toujours mon repas, prenait mes livres et les lançait, comme ça, juste pour le plaisir, parce que ça fait rire les autres de voir un enfant pleurer. Plus tard, au secondaire, je me suis habitué à toutes ces moqueries (ce qu’un enfant ne devrait jamais avoir à faire). Je ne mangeais plus à l’école. J’allais dans la forêt non loin de là, à cet endroit où personne ne pouvait me faire du mal, où seul mes pensées étaient présentes, parce qu'elles, je ne pouvais pas les fuir, mais j'aimais ça, parfois. C’est là que mes plus admirables ébauches sont nées. Ce lieu fut aussi l’endroit où mes plus belles feuilles de papier se sont noircies de mots incontrôlés. 


Un jour, dans ces bois, j’ai rencontré quelqu’un. Cette personne semblait aussi perdue que moi. Ce soir-là, j’ai beaucoup pensé à elle. Le lendemain, cet individu était encore assis au pied du même arbre que moi. À ce moment précis, depuis longtemps, j’ai osé parler. Elle avait osé répondre. Puis, on a osé s’aimer.  

J’ai ainsi trouvé ma complice de fil. C’est elle qui m’a raconté cette légende. Elle raconte qu’il existe un fil rouge qui relirait deux personnes. Naissant au creux du petit doigt, ce fil invisible aux yeux s’étirerait au travers du monde à la recherche de son relié. Invincible, il pourra affronter tempêtes et marées déchainées, mais rien ne pourra le briser. Les deux âmes reliées par ce fil sont appelées à se retrouver. Ce jour, par hasard ou par évidence, ce fil vibrera et le monde s’apaisera. 


Elle l'a toujours raconté ainsi, avec des étoiles dans les yeux.  Quand je la regarde, c’est différent. C’est nous, contre le monde. Quand elle écrit, quand elle peint, quand elle chante, quand elle rit et même quand elle pleure, je ne peux m’empêcher de me souvenir de la chance que j’ai d’être avec elle.  


Mais vivre de l’art s’était avéré beaucoup plus compliqué que prévu. J’enchaînais les petites jobs, elle aussi, on réussissait à vivre, mais notre plat préféré était les lentilles, les haricots ou les pois chiches, pas vraiment par choix, mais ce n’était pas grave au moins je les mangeais avec elle.  


C’était un jour comme un autre, je me promenais dans la rue sans but. Je regardais les arbres perdent leurs feuilles comme une maladie qui les attaqueraient. Puis, un de ces arbres attira mon regard. Sur cet arbre, une affiche accrochée frémissait au vent, comme un écho lointain des dieux. Je m’attendais à voir celle du chat perdu de notre voisine qu’elle colle inlassablement depuis quelques semaines, sa bouche refusant de dire ce que son cœur savait déjà. Son chat était parti.  


À ma plus grande surprise, ce que j’y trouvai était plutôt une offre d’emploi pour un travail dans une usine de jouet. Exactement ce dont j’avais besoin. Je notai le numéro dans mon carnet que je traînais partout, puis rebroussa chemin jusqu’au trou qui me servait de maison.  


Arrivé à la maison, j’annonçai la nouvelle à Olivia. Elle s’empressa de s’emparer du téléphone et me le tendit. Je tapai le numéro inscrit dans mon cahier. À l’autre bout du fil, la sonnerie retentit. Je parlais, elle m’écoutait attentivement en attente de la réponse. Je raccrochai.  Je souris. Elle sauta dans mes bras.  J’étais engagé. 

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