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Femme esclave: Prologue



C’est aujourd’hui. C’est aujourd’hui qu’Anna va quitter la maison pour aller à l’école des femmes. Le mieux dans tout ça est que quand elle reviendra, elle sera officiellement une femme. Je décide de descendre pour aller regarder les nouvelles à la télévision qui sont diffusées à la même heure chaque jour. Souvent, les informations y sont répétitives et très peu intéressantes, mais la grande nouveauté de cette année est que ma grande sœur Anna y participera. Je sors de ma chambre avec mon haut de pyjama sur le dos. Maman ne le remarque pas parce qu’il ressemble à un haut régulier.


En bas, je vois que ma sœur est déjà réveillée. Elle est assise sur le divan. Comme d’habitude, elle s’est fait une belle queue de cheval. Dire que moi, je n’ai même pas eu le temps de passer un coup de brosse dans mes longs cheveux bruns! 


Puis, je me tourne la tête vers l’entrée. Là, je vois ses sacs qui sont adossés contre le mur. Il y a également ma mère qui est dans la cuisine, je suppose qu’elle prépare le déjeuner. Quand elle se tourne vers moi, j’aperçois des larmes sur sa joue. Je lui adresse un petit sourire pour la réconforter. Ensuite, je rejoins Anna et lui dis : « comment vas-tu ? »


-         Ça va, je suis juste un peu stressée de ne pas savoir ce qui va m’arriver, mais surtout ce qui va se passer à l’école. Puis, je t’avoue que j’ai trop peur de changer.

-         Écoute-moi. T’es ma sœur, t’es une des personnes les plus importantes à mes yeux.

-         Pourquoi ?

-         C’est juste que t’es plus qu’une sœur. T’es pas juste là dans ma vie, tu m’écoutes et t’es toujours là pour moi. T’es unique, donc s’ils réussissent à te faire devenir quelqu’un d’autre, je vais les noyer dans le lac.

-         Je te promets que je ne me laisserai pas faire, mais c’est surtout pour leur sécurité.

-         Si tu le dis.

-         Je ne sais pas si je serai capable de ne plus te voir au quotidien.

-          Je suis persuadée que tu seras capable, tu as juste à te rappeler quand je te faisais péter les plombs et je suis sûre que tu voudras rester deux ans de plus là-bas.


Anna me prend dans ses bras quand j’entends la petite musique qui signifie que l’émission va commencer. Toute la famille se réunit sur le divan.


-Bonjour. Nous débutons les nouvelles en vous annonçant que comme chaque année, des millions de filles âgées de 16 ans participeront à la rafle. Vers 11 heures, elles partiront en navette.


Ensuite, le lecteur de nouvelles continue avec quelques informations politiques. Je quitte la maison pour aller rejoindre Mia à notre place habituelle, dans un parc juste à côté de nos deux maisons. Près de ce parc, on peut passer par un petit pont et se retrouver devant un lac où on a l’habitude d’aller se baigner chaque après- midi. Je la vois, assise sur sa balançoire avec sa veste rouge et ses cheveux bruns tressés. Je m’assois à la balançoire à côté d’elle : « coucou », lui dis-je.


-         Allo ! Comment va ta sœur ?

-         Elle va bien, elle est juste un peu stressée.

-         C’est sûr que de ne pas voir sa famille pendant 2 ans, c’est très dur.

-         Je crains qu’elle fasse une bêtise et que je ne la revoie plus jamais. Je me demande comment tu fais, toi. Si ma sœur ne revenait pas, je ne m’en remettrais jamais.

-          Tu t’habitueras, mais je ne te cache pas que ça m’a détruit de l’intérieur quand j’ai vu le nom de ma sœur à l’écran.

 

Je ne lui réponds pas, mais je lui adresse un petit sourire pour la réconforter. Je n’imagine pas à quel point elle a dû être triste de perdre sa sœur et sa mère (cette dernière s’étant enlevée la vie quand elle a  perdu son enfant.) Je serais incapable de vivre la même situation qu’elle.


Je me lève debout et fais signe à Mia que c’est l’heure d’aller dire au revoir à ma sœur avant qu’elle parte. Au début, je ne voulais pas que mon amie soit là pour ne pas lui rappeler de mauvais souvenirs, sauf que maintenant, je suis contente qu’elle ait insisté parce que je ne me vois pas passer par cette étape sans elle.


Une fois que nous sommes arrivées à la maison, Mia sert Anna dans ses bras et lui chuchote quelque chose que je ne réussis pas à entendre. Soudain, c’est à mon tour de lui dire au revoir. Je lui donne un câlin, les larmes aux yeux, et j’ai peur. Je crains qu’elle ne revienne pas, que je ne la revoie plus jamais, que la seule chose qu’il me reste d’elle soit nos souvenirs sur le bord du lac et les fêtes partagées ensemble. Je crains de me réveiller un matin et de voir le nom de ma sœur à l’écran comme Felicia, la sœur de Mia.

Après, nous sortons dehors. Je tiens la main de Mia et ma sœur est derrière moi en train de parler avec maman. Je sens une larme couler sur ma joue : « Tu la reverras, je te le promets. Ta sœur deviendra une femme libre et heureuse. »


Je regarde Mia dans ses beaux yeux vert émeraude qui me rassurent instantanément. Je vois la navette arriver dans la rue, je serre de plus en plus la main de Mia. Je verse quelques larmes, de crainte que la dernière image que j’aie de ma sœur soit celle d’elle qui entre dans la navette. Quand je vois le sourire radieux qu’Anna me lance, je ne peux m’empêcher de sourire à mon tour et de me détendre.

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